Introduction
Il est aujourd'hui unanimement admis que l'école dans ses contenus et ses approches doit subir des réformes en profondeur. Ainsi, on passe de la métaphore du transfert à celle de la mobilisation. C'est dire que l'usage des ressources se fait désormais dans une perspective de communication constructive pour un changement de comportement durable.
Sous ce rapport, l'élève a besoin de savoirs vivants, mobilisables dans l'école et dans le milieu, de savoirs susceptibles d'être transférés ou transposés, recomposés ou construits à travers une dynamique de communication pour un changement d'attitude de façon durable. Aussi, les ressources internes sont constituées de savoirs instrumentaux, déclaratifs, procéduraux et conditionnels : informations, savoirs, schèmes, capacités, compétences, mais aussi de normes, valeurs et attitudes qui guident l'action dans ses aspects axiologiques.
L'ouverture de l'école au milieu et à la vie et inversement l'agression de l'école par le milieu ont fini de créer une synergie concordante entre les contenus significatifs des programmes officiels et les thèmes pertinents tirés des programmes transversaux : éducation à la vie familiale, à l'environnement, à la santé, à la paix et à la citoyenneté. Le caractère composite et intégrateur de cette coalition dans une dynamique de communication en a fait une innovation pédagogique majeure.
Ici, l'expression spontanée de l'apprenant fortement conditionnée par ses perceptions intuitives, sa représentation sensorielle et sa compréhension du monde est fortement influencée par un apprentissage s'appuyant sur des actes de références et des supports vivants.
Ce pouvoir lui permet de gagner son autonomie, finalité de toute action éducative.
I. Qu'est-ce que la communication sociale ?
Le vocable résonne à priori comme une nouvelle discipline des sciences de la communication en perpétuelle évolution, qui se nourrit d'une certaine confusion savamment entretenue entre la discipline elle-même et les objectifs poursuivis par les utilisateurs. En réalité, la communication sociale est neutre, c'est-à-dire que sa démarche, ses méthodes et ses techniques sont à l'origine des mutations sémantiques.
En fait, elle vise la mobilisation sociale autour d'un projet de société, d'une philosophie de l'existence, qui sont l'aboutissement d'un processus d'information et de sensibilisation planifiée en vue de réaliser des changements de comportements sociaux qualitatifs à travers l'application des diverses catégories et échelons de la société.
La définition de cette discipline aujourd'hui à la mode rend compte d'une réalité prise en charge en d'autres temps par des expressions beaucoup moins savantes mais au centre des quelles se trouvent des stratégies d'échanges qui ont évolué dans leur cheminement intellectuel. Ainsi depuis les années post indépendance, les programmes de développement sont passés de l'animation rurale, en passant par celle de l'IEC pour aboutir à l'heure actuelle au terme générique de marketing social.
Aujourd'hui, le concept lié au social ne fait qu'introduire la dimension de la participation dans le procès de communication. Cette rupture est d'importance, car historiquement elle a correspondu au grand mouvement de démocratisation et de réduction de l'interventionnisme étatique avec l'implantation progressive des ONG de développement telles que Plan International / Sénégal, UNICEF, USAID, World Vision. En d'autres termes, ce qui semblait être visé du moins dans le principe, c'est l'émergence du sujet, du bénéficiaire, de la cible pour mieux épouser l'air du temps selon une vision : « la citoyenneté et le comportement responsable ».
Cette exigence en appelle une autre, celle de la prise en compte du système culturel des collectivités dans la mesure où la question est de faciliter un transfert de responsabilité et l'adoption des comportements ou l'appropriation des valeurs à travers une démarche de résolution de problèmes. Voilà ainsi posée d'une façon simple toute la problématique de la communication sociale qui peut facilement se résumer comme un état d'esprit, un ensemble de techniques qui ont pour vocation de faire adhérer de manière durable et satisfaisante des personnes physiques à la démarche des causes sociales (résolutions de problèmes, clarification des valeurs).
II. Les stratégies de communication sociale dans la démarche de résolution de problème
Conscient des enjeux de la pédagogie de l'intégration dans le Curriculum de l'Éducation de base, la Société Éducative a fait de la communication sociale le fer de lance dans le dispositif de mobilisation des partenaires de l'école à travers des stratégies à mettre en œuvre dans des actions de développement de l'Éducation. À l'actif du projet d'école ou d'établissement, la démarche communicationnelle a permis de développer des outils tels que le plaidoyer, l'IEC, la démarche partenariale, la mobilisation sociale autour de l'institution pour l'information et la sensibilisation des populations.
1. Le plaidoyer
Le plaidoyer, qui est une partie intégrante d'un plan de mobilisation, vise à impliquer les leaders politiques, les faiseurs d'opinions et les décideurs dans les actions à entreprendre. Il s'agit en somme de plaider une cause en faisant appel à des techniques de persuasion en vue d'obtenir un engagement politique, des changements d'ordre juridique, un accroissement des ressources allouées au programme ou à une participation au financement. Le plaidoyer apparaît ici comme « une mobilisation politique ». Pour bien mener le plaidoyer, il faut rechercher les informations relatives à l'étendue des appuis ou des oppositions vis-à-vis des changements souhaités pour l'élite politique et sociale.
2. L'IEC (Information, Éducation et Communication)
L'IEC, qui signifie littéralement Information, Éducation et Communication, a acquis ses lettres de noblesse à partir des sciences de la communication. Le but visé par l'IEC est de mettre à la disposition des populations les connaissances indispensables à l'acquisition d'attitudes, de comportements et de pratiques positives. Cette stratégie offre l'avantage multidirectionnel et donc le bénéfice d'un grand nombre de publics pouvant être touché.
- La composante information comprend la production et la diffusion des informations et des faits en vue de sensibiliser les responsables politiques, les administrateurs, les enseignants, le large public au sujet des développements importants qui sont apparus. Elle peut également inclure des activités d'informations en vue de promouvoir des changements nécessaires dans les domaines de l'éducation, la formation, l'encadrement et la distribution des ressources.
- La composante communication est un processus planifié destiné à encourager les populations à adopter de nouvelles attitudes ou comportements ou à participer à l'effort de développement. Elle s'appuie sur le dialogue également appelé « interactivité ou communication à double sens » sur le retour des informations ou « feedback » et une entente accrue entre les différents acteurs. Cette composante fait partie des activités de vulgarisation. Le processus est particulièrement efficace lorsqu'il combine de façon stratégique les médias de masse et la communication interpersonnelle ou « face à face », soutenus grâce à des documents imprimés et autres supports.
- La composante éducation concerne la facilitation de l'apprentissage, en vue d'aider les autorités à prendre des décisions rationnelles et en connaissance de cause et d'influencer leurs comportements à long terme. Cette composante peut être exécutée par le biais de l'éducation de type formel ou par des réseaux d'organismes sociaux.
3. Le partenariat
Le partenariat est une forme de participation complexe qui ne repose pas uniquement sur la dynamique des relations, mais se distingue avant tout par l'établissement d'engagements réciproques de type contractuel de la part des parties concernées qui acceptent de mettre en commun et de façon complémentaire des ressources (humaines, matérielles, informationnelles, financières) en vue de mener une action commune et d'obtenir des retombées que chacun des partenaires ne serait pas en mesure d'obtenir seul avec ses propres moyens. Le besoin de l'autre et la recherche de sa contribution est la base même de toute entreprise partenariale.
4. La mobilisation sociale
Elle est une stratégie utilisée pour mobiliser les forces vives et les intéresser aux enjeux du projet de développement de l'école ou de l'établissement, les conscientiser davantage et leur faire acquérir des compétences pour un changement de comportement de façon durable. Envisagée sous cet angle, la mobilisation sociale dépasse le simple concept de mise en œuvre d'activités d'informations ; elle renvoie à la participation de la population elle-même, à la mobilisation de toutes les ressources de façon efficace et efficiente pour réaliser les objectifs de développement de l'institution.
D'un point de vue opérationnel, la mobilisation sociale requiert d'une part la formulation explicite des problèmes autour de l'école avec le concours de la communauté, d'autre part la mise en place des mécanismes devant assurer l'organisation et le maintien de la participation obtenue.
Le processus communicationnel peut être décrit à travers ses éléments constitutifs : l'expéditeur, émetteur ou source, figuré par l'organisme dont les programmes sont relayés par les institutions et les organisations ; et le destinataire, souvent appelé bénéficiaire ou groupe cible, voire partenaire, segmenté en âge, sexe et statut économique et social, ce qui permet au planificateur de définir un groupe cible et de choisir le type de message approprié ainsi que le meilleur canal pour le faire parvenir aux destinataires.
La typologie des groupes cibles
Elle permet une analyse des sensibilités et des techniques de communication adaptées à chaque groupe :
Le premier groupe est composé de décideurs, de fonctionnaires, de responsables administratifs, de leaders d'opinion, de structures privées, soit tous les membres de la société appartenant au même niveau social et culturel. Ce groupe représente quantitativement une minorité, ainsi il détient le pouvoir social et politique. Il est sensible à une information audiovisuelle ou écrite. Souvent identifié comme des novateurs, ce groupe constitue une cible intermédiaire qui peut jouer un rôle important dans le partenariat à sens unique (apporteurs de ressources) ou à double sens (échanges). L'une des techniques de sensibilisation souvent utilisée dans ce cas de figure est le plaidoyer.
Le deuxième groupe est d'un niveau d'instruction plus faible et d'un statut économique moins élevé. Les personnes qui le composent constituent la frange intermédiaire, la plus sensible à une information orale et de proximité par un médium de masse. Souvent identifiés comme des suivistes, ils sont des publics consommateurs, des clients potentiels.
Le troisième groupe est celui des abstentionnistes qui du reste affiche une certaine réserve vis-à-vis des innovations et des nouveautés. Il est le plus important quantitativement et requiert l'utilisation des moyens traditionnels de communication de masse.
Contenus de la communication
Les contenus de la communication sont étroitement liés aux cibles et ne diffèrent guère des règles générales de la communication publicitaire. Ils doivent être simples, clairs, crédibles, parfois illustrés. Ainsi donc dans le processus d'influence, trois niveaux de sensibilités sont généralement utilisés :
- Ethos : qui s'appuie sur les normes sociales et qui fait appel au sens du devoir, des responsabilités, des convenances.
- Pathos : qui fait appel aux sentiments, à la pitié, la générosité, la fierté ou aux bas sentiments : la vanité, l'envie, la haine.
- Logos : qui fait appel à la raison, à la logique.
En analyse transactionnelle, de façon un peu similaire, on parle de relation Parent-Enfant, Enfant-Enfant, Adulte-Adulte.
Écueils de la communication
Les échanges sont exposés à une multitude d'écueils :
- Distorsions sélectives : rétention primaire (le sujet ne tient qu'une parcelle de l'information, qui peut être positive ou négative).
- Rupture de communication : elle peut survenir dans le processus communicationnel par la rétention de l'information, le décrochage des relais.
- Désinformation suite à l'intervention des parasites qui créent souvent une interférence sur le réseau (information similaire, adjacente, contradictoire).
Facteurs et fonctions de la communication
Reprenant le modèle de Jakobson, l'auteur distingue six facteurs et fonctions :
- L'émetteur → fonction émotive ou expressive : elle révèle l'état émotif ou affectif du locuteur (joie, colère, ordre) en changeant l'intonation.
- Le récepteur → fonction conative : elle est orientée vers le destinataire que l'on veut inciter à un comportement donné.
- Le message → fonction poétique ou esthétique : elle porte sur le message lui-même. Avec elle, le langage devient le lieu d'un jeu de sonorités et d'images.
- Le référent → fonction référentielle ou cognitive : elle permet de désigner ou décrire la réalité, de véhiculer des informations et des connaissances les plus diverses du monde, de créer une réalité à partir des mots, de créer des univers vraisemblables.
- Le canal de la communication → fonction phatique : elle permet au langage d'être un moyen de création et de maintien du contact.
- Le code → fonction métalinguistique : elle est celle par laquelle le langage parle de lui-même. Elle se manifeste dans la conversation courante chaque fois que les interlocuteurs jugent nécessaire de vérifier qu'ils utilisent bien le même code.
III. Les techniques d'animation et de communication sociale
Les techniques désignent des savoir-faire, des applications au plan méthodologique des sciences aux activités pratiques. Elles permettent d'installer une organisation fonctionnelle des ressources dont la gestion à la fois souple et sécurisante imprime à l'unité d'apprentissage considérée une dynamique de communication et de production. Elles développent le sens de la responsabilité, la capacité d'écoute, la décentration par rapport au point de vue de l'autre.
Plusieurs techniques de communication de masse et d'animation de classe sont ainsi recommandées, à choisir en fonction des objectifs poursuivis :
- Selon le processus d'enseignement/apprentissage : les techniques de présentation de contenus (l'exposé, le panel), les techniques d'enseignement ou de confrontation (le groupe de production, le Phillips 6x6 ou la décurie pour les classes pléthoriques), les techniques d'implication (les méthodes d'élaboration progressive, le jeu de rôle, les discussions, les débats).
- Selon les moments didactiques : les techniques employées en phase d'imprégnation (le brainstorming, l'exposé), les techniques employées pendant l'analyse et la synthèse (le brainstorming, l'exposé, les débats-discussion, le groupe de production).
- Selon les modalités d'exécution : les techniques à utiliser en intra-muros (le brainstorming, l'exposé, les discussions) et les techniques à utiliser en extra-muros (le plaidoyer, l'exposé, le jeu de rôle).
1. L'exposé
C'est une intervention pédagogique orale qui vise à communiquer à un public précis des informations et des connaissances sur une question donnée, un concept, une théorie. Suivi de débat ou non, il convient de rappeler que dépasser la simple transmission de connaissances pour parvenir au développement de l'esprit critique, d'aptitudes et d'attitudes, est l'objectif pédagogique visé, directement lié au choix d'une méthodologie et d'une technique. C'est une technique indispensable pour l'entraînement et le développement de la capacité d'écoute.
L'exposé peut être fait par l'enseignant, l'élève ou une personne ressource. La technique consiste à introduire le sujet en indiquant les objectifs et en motivant l'auditoire, à donner de façon structurée les informations ou les connaissances qu'on voudrait communiquer en s'appuyant éventuellement sur des exemples précis grâce à l'utilisation d'une combinaison de plusieurs supports appropriés, à instaurer au besoin un débat, puis à faire une synthèse et engager les élèves dans des activités de suivi.
La pratique d'un exposé débat nécessite une préparation minutieuse impliquant le choix d'un président de séance chargé de conduire le débat, le choix d'un ou des animateurs chargés de préparer l'exposé des points de vue les plus importants et de prévoir chacune des questions permettant de lancer le débat, la présentation du problème ou de la situation par le président afin que les participants puissent préparer et développer des arguments de base, et la présentation du ou des animateurs que le président doit inviter à exposer. Les animateurs et surtout le président doivent être très calmes, avoir beaucoup d'attention et de doigté, car ils doivent s'abstenir de prendre parti et accueillir loyalement toutes les opinions recueillies.
2. Le panel
C'est une technique utilisée quand le groupe de travail est de dimension importante. Le groupe est alors divisé en sous-groupes ayant chacun son représentant. Devant l'ensemble de l'auditoire, les délégués des sous-groupes rendent compte des discussions menées sur le thème proposé. À tout moment, les autres membres, sans intervenir directement, peuvent faire part de leur avis, poser des questions, demander des précisions par écrit ou par téléphone. Tout cela suppose le choix d'un bon animateur qui doit veiller au bon déroulement de la séance.
Le déroulement classique commence par une communication écrite, précédée d'une présentation sommaire de la problématique par l'animateur, suivie d'une discussion généralisée à partir des messages écrits où chaque spécialiste défend son point de vue. Un secrétariat classe les messages et les transmet aux membres du panel de manière à ne pas troubler la discussion.
Le panel peut aussi se dérouler autrement : après avoir pris connaissance du problème, les participants constituent trois ou quatre sous-groupes, chacun désignant un ou deux rapporteurs aux points de vue complémentaires. Les rapporteurs préparent leur compte rendu au cours même des débats du sous-groupe, en se répartissant la tâche de façon à prévoir un rapport alterné.
Vient ensuite la « confrontation panel » : après la première phase de discussions, les sous-groupes se rassemblent en plénière. Les rapporteurs se placent deux par deux de façon à pouvoir discuter tous ensemble et à retourner dans leurs sous-groupes respectifs, installés juste derrière. Un autre membre du sous-groupe peut intervenir à la place des rapporteurs désignés pour mieux expliquer ou donner plus de précisions en cas d'incertitude sur un point particulier.
L'essentiel reste la discussion qui s'instaure entre rapporteurs, sous la conduite de l'animateur. Deux observateurs soutiennent l'animateur : l'un pour déceler les points d'accord auxquels arrivent les sous-groupes, l'autre pour mettre en évidence la nécessité d'harmoniser les conclusions proposées apparues à des moments différents. Ces deux observateurs permettent de faciliter la progression du grand groupe.
L'avancée de l'échange se fait lentement, avec des moments de tension et de conflit, mais elle se fait sûrement tout au long de cette confrontation organisée, où le travail des sous-groupes peut toujours être sollicité.
Organisation type d'une confrontation panel :
Sous-groupe I ⇄ Tables des rapporteurs / animateurs ⇄ Sous-groupe II
Observateur 1, Observateur 2 ⇄ Tables des rapporteurs / animateurs ⇄ Sous-groupe III
Intérêt du panel : obtenir des rapports plus vivants, plus nuancés, dont les délais de préparation sont abrégés et finalement plus efficaces ; garder en éveil l'intérêt de tous et maintenir la participation en fonction des rapports présentés par les autres sous-groupes ; développer un mécanisme d'échanges d'idées plus enrichissant pour permettre au plus grand nombre de s'exprimer ; obtenir une démarche de collaboration et, au besoin, de négociation à l'intérieur de chaque sous-groupe, en favorisant sa mobilité.
3. Le brainstorming ou remue-méninges
C'est une activité collective de recherche d'idées. Les participants, au nombre de 1 à 12 environ, énoncent le plus rapidement possible, sans critique et sans justification, les idées que leur suggère le thème soumis à leur réflexion.
Les étapes d'une séance de brainstorming sont les suivantes : présentation de manière simple, claire et précise par l'animateur du problème qui fera l'objet de la séance ; détermination des limites temporelles ; mise sur pied d'un secrétariat pour noter les idées émises ; définition des règles à observer durant le déroulement de la séance ; émission d'idées des participants sans se soucier de la possibilité de leur mise en pratique ultérieure. Aucune critique, aucune justification des idées émises n'est admise, sauf lorsqu'il devient évident que les participants s'écartent du sujet. Une bonne écoute des autres et le respect de l'ordre de la discipline en attendant son tour de parole sont également requis.
Le dépouillement des idées obéit à quatre critères : l'originalité, le réalisme, la proximité temporelle d'application, l'efficacité. L'animateur de la séance est non directif sur le fond, mais directif sur la forme : il n'émet pas d'idées ni de jugements mais stimule la créativité.
Intérêt de cette technique : favoriser la production, le jaillissement des idées en privilégiant les fonctions imaginatives et créatives ; envisager un problème sous un maximum d'aspects et produire sur ce problème le plus grand nombre d'idées possible ; recueillir sur un problème donné, en un temps limité, les idées, les opinions, les préjugés et les préoccupations d'un groupe ; faciliter la communication des élèves en les libérant d'un certain nombre de stress (difficulté de communication, peur d'être critiqué).
4. Le jeu de rôle
Cette technique consiste à faire jouer par un ou plusieurs membres du groupe une situation de vie quotidienne, familiale ou professionnelle. La scène ainsi montée sert de support à discussion avec l'ensemble du groupe. La mise en scène doit être aussi proche que possible de la réalité pour une bonne analyse du problème.
Son principe de fonctionnement consiste à mettre en présence deux ou plusieurs protagonistes choisis parmi les membres du groupe. L'animateur devra insister sur la consigne essentielle qui doit caractériser la technique de jeu de rôle : la spontanéité des interventions.
Intérêt de la technique : motiver les membres du groupe ; susciter l'intérêt pour le problème à débattre ; servir de support au début de l'action éducative ; fixer les idées retenues ; permettre une synthèse ; améliorer l'expression orale des enfants ; permettre un changement d'attitudes et de comportements.
5. Le Philips 6/6
Cette technique de consultance porte le nom de son inventeur, J. Donald Philips, de l'Université de Michigan. Elle consiste à fractionner un grand groupe en petits groupes de 6 personnes pour favoriser des échanges rapides en un temps assez bref (6 à 10 mn).
Le déroulement type comprend : un exposé clair et précis du thème d'étude par l'animateur, la nomination d'un rapporteur par sous-groupe, le respect du temps prévu sous la conduite de l'animateur, la production des sous-groupes à partir d'un plan de travail, puis une mise en commun des productions et une synthèse des points essentiels. Chaque phase en sous-groupe est suivie d'une plénière au cours de laquelle les rapporteurs exposent les résultats des réflexions de leur groupe. L'animateur fait la synthèse générale à la fin des travaux, les temps d'échange en sous-groupes devant rester courts (10 mn au maximum).
Intérêt de la technique : animer un grand groupe et impliquer chacun des membres dans le travail ; aborder les différents aspects d'une question en un temps limité à partir d'échanges spontanés en petits groupes ; recueillir sur un problème donné, en un temps assez court, les idées, les opinions, les préjugés et les préoccupations d'un groupe.
6. L'enquête / découverte
Cette technique de communication et d'animation d'une classe privilégie une démarche dans laquelle l'apprenant, avec un minimum d'orientation de la part du maître, va vers la découverte d'une réponse, une solution à un problème, ou s'engage dans un processus actif de formulation et d'examen des valeurs.
7. La résolution de problème
Dans la mise en œuvre de la résolution de problème, les élèves participent activement au processus d'investigation, de recherche et de définition de problème, à la formulation d'hypothèses, à la collecte et à l'interprétation des données, à la généralisation des connaissances retenues. Les phases en sont les suivantes :
- Identification du problème : c'est le moment où l'élève est mis en contact du réel complexe qu'il cherche à démêler, à comprendre, pour identifier un ou des problèmes et se poser des questions.
- Analyse du problème : les questions posées, l'élève cherche des informations, collecte des données, les discute et les compare, à des fins de divergence et de convergence, pour bien comprendre.
- Formulation d'hypothèses : l'élève anticipe sur les données, tente de répondre à ses interrogations et émet des hypothèses, réponses anticipées à des questions. Souvent, l'hypothèse prend la forme d'un défi.
- Vérification d'hypothèses : l'élève vérifie les réponses données à partir des données recueillies (documents, personnes ressources, enquêtes, observations) et aboutit à une confirmation ou infirmation de ses hypothèses.
- La synthèse : les idées émises sont combinées ou résumées ; on les classe, on cherche leurs liaisons possibles, on les regroupe en grands ensembles. C'est le moment de structurer les apprentissages en vue de faciliter leur appropriation.
- Évaluation : il n'est pas superflu de déboucher sur une évaluation et une application des solutions retenues.
8. La clarification des valeurs
Elle a pour objectif d'impliquer l'élève dans le processus de formulation et d'examen des valeurs pour lui permettre d'évaluer les différentes options possibles sur une question donnée et de prendre des décisions en toute connaissance de cause. Les principales étapes en sont les suivantes :
- Phase de compréhension : l'enseignant présente l'objet d'étude (texte, situation, événements). L'élève est invité à identifier les valeurs et à échanger des informations, des connaissances sur la situation ou l'événement.
- Phase relationnelle (analyse) : le maître aide les élèves à distinguer, à isoler les données, à les associer et à les mettre en relation avec le concept, le thème ou l'idée discutée.
- Phase de réflexion : elle doit inciter à la réflexion sur les valeurs, les comportements et les sentiments connus des élèves en les mettant en rapport avec les idées déjà traitées.
- Phase d'appréciation (ou choix) : elle incite les élèves à exprimer leur choix et leurs sentiments sur des éléments d'appréciation (données, situations, rapports, décisions).
- Synthèse : les idées émises sont réunies, structurées et classées en vue de faciliter leur appropriation.
- Évaluation : elle devra permettre de mesurer le degré d'atteinte des objectifs, l'aptitude de l'apprenant à prendre des décisions raisonnées ou à entreprendre des actions en vue de résoudre des problèmes de vie réelle.
IV. Plan d'action de mobilisation sociale
La communication sociale a pour finalité la mobilisation sociale autour d'un projet de société. C'est un processus d'influence sociale visant à convaincre, ou bien aussi parfois à dissuader, à prévenir des comportements jugés dangereux. Un soin particulier doit donc être apporté à la planification de la mobilisation sociale, étant donné les nombreuses variables sur lesquelles sa réussite et sa durabilité reposent.
Les grandes étapes caractéristiques d'une planification stratégique de mobilisation sociale sont les suivantes :
1. Identification du problème à résoudre
Cette étape cruciale doit découler d'une analyse suffisante de la situation. Après avoir rassemblé les informations pertinentes se rapportant à l'école et à ses performances, de même que celles découlant de l'étude du milieu, il importe d'en faire systématiquement l'analyse de manière à bien isoler le ou les problèmes que l'on compte et que l'on peut espérer résoudre par le truchement de la mobilisation sociale. Le problème identifié ne doit pas découler d'une simple impression : il doit être documenté, approfondi et partagé par l'école et la communauté.
2. L'inventaire des ressources disponibles et des contraintes
L'examen des ressources de l'école et des différentes opportunités que renferme le milieu, du point de vue des ressources humaines, organisationnelles, matérielles, informationnelles et financières, doit être orienté en vue de les mobiliser autour d'un problème à résoudre. Il ne faut pas oublier non plus l'univers des contraintes et des résistances aux changements ; en les examinant scrupuleusement, on peut mieux en tenir compte, voire même en neutraliser quelques-unes.
3. Passer en revue les caractéristiques de chacune des audiences
Avant d'arrêter une stratégie de communication et de confectionner des messages, il importe de bien identifier chacune des audiences auxquelles l'information et les messages sont destinés. Pour y parvenir, on procède par segmentation, technique qui permet de mieux différencier les niveaux d'implication de même que les dispositions particulières de certains groupes d'âge en fonction des sexes et de la provenance au plan géographique et socioprofessionnel.
Du point de vue de l'implication des acteurs, la segmentation fait apparaître trois types d'audiences :
- L'audience primaire comprend la personne ou le groupe de personnes sur qui on doit agir pour modifier ses connaissances, ses attitudes et ses comportements afin que le problème identifié puisse trouver une solution acceptable. Il peut s'agir d'un parent d'élève, d'homme ou de femme, d'un adulte ou d'une personne âgée.
- L'audience secondaire est la personne ou le groupe de personnes sur qui on doit agir pour modifier les connaissances, les attitudes et les comportements de l'audience primaire. Ces personnes doivent faire l'objet d'une grande attention, non seulement parce qu'elles ont un grand potentiel d'influence et qu'elles sont vraisemblablement les premières sur la liste des adhésions, mais aussi parce qu'elles pourraient introduire des déviations relativement aux objectifs poursuivis. Les leaders d'organisations communautaires de base font partie de ce groupe.
- L'audience tertiaire est la personne ou le groupe de personnes qui bénéficie d'un pouvoir, notamment au niveau de l'allocation de ressources humaines, matérielles et financières. Les autorités administratives, les responsables d'ONG en font partie.
Au sein de chacune de ces sous-catégories d'audience, il y a des attitudes, des représentations, des intérêts, des conflits, des comportements, des habitudes et des pratiques plus ou moins favorables au changement proposé pour assurer le développement autour de l'école. D'où l'importance d'en tenir compte dans la programmation des activités de mobilisation sociale.
4. La programmation des activités de communication
La programmation devrait indiquer notamment les audiences, les objectifs visés pour chacune d'entre elles, le contenu des messages, les modalités de dissémination des messages et les agents chargés de la transmission de messages, ainsi que les stratégies de communication utilisées telles que les plaidoyers, les causeries, l'IEC. Ceux-ci doivent être soigneusement préparés, le message étant essentiel dans un programme de mobilisation sociale dans la mesure où il influence les attitudes et les comportements de même que les connaissances des audiences.
Il doit dire pourquoi il faut changer de comportement en mettant en évidence les bénéfices du changement, de même que les conséquences négatives d'une absence de changement. Il doit toujours comporter un degré informatif élevé. Pour toutes ces raisons, le message doit satisfaire plusieurs critères d'appréciation : clarté, concision, simplicité, précision, pertinence. De plus, il doit mettre l'accent sur le comportement positif, être accessible culturellement et faire appel à l'action. En conférant au message toutes ces caractéristiques, on augmente considérablement les possibilités de toucher fructueusement les audiences, surtout si on prend la précaution de toujours faire intervenir les personnes les plus crédibles aux yeux de l'audience visée. Dans tous les cas, il faut absolument éviter toute improvisation en matière de communication et de mobilisation.
5. Assurer le suivi continu et l'évaluation
La mise en œuvre d'un plan de mobilisation doit être assortie d'un dispositif de suivi-évaluation en vue de s'assurer que tout se déroule selon le plan prévu et, s'il y a lieu, de pouvoir rapidement introduire les correctifs qui s'imposent. Tous les aspects du plan d'action doivent être surveillés : son élaboration, sa gestion, les messages, les techniques de communication, le matériel utilisé, les réactions des partenaires et des audiences.
Conclusion
En définitive, tout programme de communication sociale doit partir d'une connaissance du milieu et de la communauté, donc des groupes cibles et de leurs réalités sociales. En outre, compte tenu de la particularité du système éducatif, toute innovation dans son processus d'implantation doit agencer le compagnonnage des acteurs aux réalités parfois différentes, d'où toute l'importance de connaître ou d'identifier d'un point de vue cognitif le destinataire du message.
Dans un contexte de raréfaction des ressources et de diminution des dépenses publiques, l'utilisation des techniques de communication sociale dans l'école nouvelle appelle des réaménagements dans les démarches et la restructuration de l'information. Il incombe dès lors aux décideurs et aux enseignants de libérer l'imagination et d'oser innover au plan conceptuel, méthodologique et pratique. Ainsi, plusieurs valeurs ont été introduites dans la mise en œuvre d'un plan de communication : la mobilisation, l'engagement, le savoir-apprendre, la rigueur, la discipline de groupe, l'innovation.
N'est-il pas vrai que de nos jours, partout dans le monde, ces valeurs intangibles deviennent des facteurs déterminants d'un développement durable ?