M. Mbeugou DIONGUE
Inspecteur de l’Éducation à la retraite
L’existence d’un dispositif d’évaluation efficace est indispensable à tout système éducatif. On ne peut pas dispenser des enseignements sans se donner les moyens de pouvoir garantir la cohérence entre la pédagogie et ses effets. C’est pourquoi il est nécessaire de se renseigner au préalable sur les rendements des apprenants par rapport aux programmes et aux attentes scolaires et sociales.
L’évaluation n’a pas uniquement une signification purement scolaire. Elle a des conséquences dans la réalité : passage en classe supérieure ou redoublement, réussite ou échec à un examen, révision ou réforme des programmes, valorisation ou stigmatisation des individus. Autant de raisons valables qui font de l’évaluation des apprentissages une des préoccupations essentielles des pédagogues.
Malheureusement, cet intérêt pédagogique porté à l’évaluation des acquis scolaires tarde à s’imposer dans les pratiques évaluatives de nos enseignants. Bon nombre d’entre eux n’ont en effet de l’évaluation qu’une conception tout à fait restreinte : juste l’occasion d’un contrôle purement technique, assorti de notes approximatives censées traduire exactement la valeur des élèves.
1.
Les enjeux et objectifs de l’évaluation
1.1 Définition
Évaluer, au sens le plus général du terme, c’est attribuer une valeur à quelque chose. C’est formuler un jugement de valeur après confrontation ou mise en correspondance de données appartenant à deux champs différents : celui de la réalité concrète et celui des attentes sociales ou scolaires.
Dans le domaine scolaire, ce sont les productions des élèves dans les différentes disciplines qui sont évaluées, en référence aux objectifs fixés au départ et comprenant les critères et indicateurs souhaitables ou désirés.
En ce sens, évaluer les résultats d’un élève, c’est :
1.2 Les fonctions
L’évaluation pédagogique n’est pas une fin en soi. La réduire à une simple attribution de notes serait lui faire perdre tout son sens. On évalue pour prendre une décision, généralement pour satisfaire l’une ou l’autre des deux fonctions suivantes :
Cherche à établir un bilan des acquisitions d’un élève à la fin des apprentissages, à partir d’une sommation de résultats. Elle utilise des barèmes (notes, scores, moyennes) faisant apparaître des différences individuelles ou débouchant sur un classement. On parle alors d’évaluation sommative à référence normative.
S’efforce de jouer un rôle de régulation des apprentissages. Son objectif est d’informer, au terme de chaque tâche, élèves et enseignants du degré de maîtrise atteint et de découvrir en quoi un élève éprouve des difficultés afin de lui apporter une aide pour sa progression. Elle se met délibérément au service des apprenants.
L’évaluation formative contribue à la formation de l’apprenant en l’aidant, en le guidant pour faciliter sa progression.
1.3 Les moments
On évalue à divers moments du processus éducatif à des fins formatives ou sommatives.
À des fins formatives
Avant l’apprentissage (évaluation diagnostique)
- Vérifier si les élèves possèdent les acquis préalables nécessaires (pré-requis).
- Vérifier si les élèves ont déjà acquis les connaissances prévues dans l’unité.
Pendant les apprentissages
- Prévoir des activités d’enrichissement pour les élèves à rendement optimal.
- Mettre en place des activités correctives pour les élèves en difficulté.
- Ajuster la démarche en fonction des dysfonctionnements.
Après une séquence
- Vérifier le degré de maîtrise des objectifs visés et décider de poursuivre ou de remédier.
- Dialoguer avec les élèves sur leurs atouts et leurs lacunes.
À des fins sommatives
Au terme des apprentissages
- Statuer sur le degré de maîtrise des objectifs d’une unité terminale ou de l’ensemble du programme.
- Recommander la promotion ou le passage en classe supérieure.
- Proposer un redoublement pour les élèves en situation d’échec.
- Aboutir à la délivrance d’un diplôme (évaluation certificative). Exemple : la délivrance du CFEE.
1.4 Les domaines
L’évaluation des apprentissages ne doit pas être le fruit du hasard ou de la subjectivité. Elle doit être en congruence avec les objectifs d’apprentissage et, plus largement, les compétences. Les taxonomies ouvrent à cet égard une perspective nouvelle : elles s’intéressent aux processus auxquels recourt l’apprenant et se fondent sur le principe de la complexité croissante.
Domaine cognitif
Ce qui se passe dans la tête
- Connaissance
- Compréhension
- Application
- Analyse
- Synthèse
- Évaluation
Domaine affectif
Ce qui s’éprouve dans le cœur
- Réceptivité
- Réaction/Réponse
- Appréciation
- Organisation
- Caractérisation
Domaine psychomoteur
Ce qui résulte de la main
- Imitation
- Manipulation
- Précision
- Structuration
- Naturalisation
C’est pour la commodité de l’analyse des objectifs que l’on spécifie les domaines. Dans le concret, l’individu est tout entier dans ce qu’il fait. Toute maîtrise ou compétence a en réalité besoin de l’intégration de tous ces savoirs.
2.
Les étapes de l’évaluation
L’évaluation des produits d’apprentissage ne peut se passer de prélèvements d’informations systématiquement provoquées et suffisamment coordonnées aux différentes composantes du savoir humain. Cela entraîne le besoin de techniques et d’instruments de contrôles révélateurs et pertinents.
2.1 Quelques principes
- De l’objectivité : l’évaluation doit nécessairement utiliser des outils adaptés aux objectifs d’apprentissage, en fonction de critères clairement explicits.
- De la fidélité : l’évaluation doit veiller à ce que la mesure (la note) et l’appréciation représentent fidèlement la valeur du travail fourni par l’élève.
- De la validité : toute évaluation doit mesurer exactement ce qu’elle doit mesurer. Par exemple, les réponses à un questionnaire de lecture dont l’objectif est la compréhension d’un texte ne doivent pas servir à évaluer l’orthographe.
- Du réalisme : quand on évalue, il faut se garder de tout vouloir évaluer. Des choix s’imposent en fonction de l’importance des objectifs poursuivis.
- De l’efficacité : l’évaluation doit surtout éclairer, c’est-à-dire permettre de prendre des décisions pédagogiques utiles à la progression des apprenants.
2.2 Les révélateurs
Dans l’évaluation, le révélateur correspond à :
On distingue les révélateurs à réponse fermée (RRF) et les révélateurs à réponse ouverte (RRO).
2.2.1 Les questions à réponse fermée
Elles correspondent à toute question ou consigne dont la réponse porte sur une opération de discrimination. Le sujet choisit la bonne réponse parmi une série proposée, qui renferme parfois des distracteurs. Exemples : le questionnaire à trous, le questionnaire dichotomique (vrai/faux), le questionnaire à choix multiples (QCM).
Avantages : prennent peu de temps, réduisent les risques de réponses erronées, facilitent la correction. Inconvénients : niveaux taxonomiques faibles, possibilités de trouver au hasard.
2.2.2 Les questions à réponse ouverte
Elles renvoient à toute question ou consigne dont le résultat escompté exige que le sujet formule lui-même sa réponse, faisant appel à l’initiative de l’apprenant. Exemples : produire un slogan, expliquer par un raisonnement logique.
Avantages : évaluent des compétences globales, laissent une part d’initiative à l’apprenant. Inconvénients : difficiles à formuler, demandent du temps à l’élève, plus difficiles à noter.
2.3 Les critères
Le critère est un point de vue à partir duquel se place l’évaluateur pour porter une appréciation sur le travail de l’apprenant. Les critères sont assez généraux et englobants. Il est important de les traduire en indicateurs de réussite, c’est-à-dire des informations précises, observables et mesurables.
Adéquation par rapport à ce qui est demandé
Utilisation des notions de la discipline
Transfert et intégration, recours à un éventail d’outils et de concepts
Clarté et concision
Organisation logique de la production
Respect des règles et des conventions de la langue
Initiative, choix réfléchi
Apport d’idées différentes de la norme conventionnelle
2.4 La démarche
Pour bien cerner le domaine de l’instrument de mesure, il faut parcourir les étapes suivantes :
Conclusion
L’évaluation des apprentissages apparaît comme une démarche intégrée à l’enseignement/apprentissage. Déjà, l’acte d’enseigner quelque chose à quelqu’un résulte d’une décision reposant elle-même sur le constat d’un déficit de savoir, donc sur une évaluation.
Certes, quand on enseigne quelque chose à quelqu’un, il faut contrôler ce « quelque chose ». C’est-à-dire constater, comparer, noter et même classer. Mais ce « quelqu’un », il faut l’aider et le conforter tout en régulant ses apprentissages.
Il n’y a certainement pas d’évaluation correcte en soi dans l’absolu. Mais il y a des évaluations pertinentes, en fonction d’une intention donnée, d’outils adaptés et pour un usage social précis. C’est à la découverte de cette valeur pédagogique de l’évaluation que doivent se mobiliser les enseignants pour donner du sens aux apprentissages et contribuer à la transparence de l’action éducative.