À la Faculté des Sciences et Technologies de l'Éducation et de la Formation (FASTEF), plus précisément au sein du Département d'Administration et de Gestion de l'Éducation et de la Formation (F2B), là où se façonne l'expertise des futurs inspecteurs, la rigueur académique constitue une exigence permanente. Les salles de classe y résonnent de théories complexes, de démarches méthodologiques exigeantes et d'analyses rigoureuses, portées par des enseignants dont l'autorité scientifique et les compétences pédagogiques sont reconnues de tous.
Cependant, une fois les portes des amphithéâtres refermées, une autre forme d'apprentissage prend discrètement le relais. Moins formelle, mais non moins féconde, elle ne requiert ni tableau, ni vidéoprojecteur, ni évaluation immédiate. Elle se déploie autour d'un réchaud, d'une théière et de quelques verres : c'est ce que j'appelle la « formation autour du thé ».
Si la qualité des enseignements académiques au département F2B demeure incontestable, elle se heurte parfois à une barrière silencieuse mais redoutable : l'inhibition. Dans l'espace formel de la classe, le professeur incarne à la fois le savoir, la norme et l'évaluation. Chaque prise de parole peut alors être perçue comme une exposition de soi, voire comme un risque. Cette crainte d'être jugé, de « mal dire » ou de révéler ses limites installe souvent un silence prudent, où le doute se dissimule derrière une écoute attentive. Ce phénomène rejoint la réflexion du psychologue Carl Rogers, pour qui l'apprentissage véritable ne peut s'épanouir que dans un climat de sécurité psychologique.
Dans ce cadre informel, une véritable métamorphose s'opère : les costumes, chemises et cravates, bien rangés dans les armoires, et les postures rigides cèdent la place à une atmosphère plus simple et plus humaine. Libérés des apparats et des contraintes symboliques qui imposent souvent une réserve, nous nous retrouvons dans des conditions bien plus favorables à l'échange, à l'audace intellectuelle et à l'expression spontanée.
Autour du breuvage fumant, la hiérarchie s'efface progressivement au profit d'une interaction horizontale : celle des pairs. La parole circule davantage, les idées se confrontent, les incompréhensions s'avouent sans gêne. Dans ce climat de confiance, nous nous autorisons enfin à interroger, reformuler, contester parfois, mais surtout à comprendre. Ainsi, les concepts parfois hermétiques développés par le professeur Abdoul Diallo deviennent peu à peu accessibles, tandis que l'univers théorique rigoureux du professeur Guène Faye, pourtant exigeant, se laisse apprivoiser grâce à des explications plus proches de notre réalité et des exemples ancrés dans notre vécu.
Ces échanges, en apparence ordinaires, s'apparentent en réalité à une véritable communauté de pratique, au sens donné par Etienne Wenger. Le savoir cesse d'être une abstraction figée ; il devient une construction collective, nourrie par la discussion, l'expérience partagée et l'intelligence du groupe. Les explications d'un collègue, formulées dans un langage simple, parfois même teinté de nos réalités professionnelles et culturelles, dissipent des zones d'ombre que la théorie académique, dans sa densité, laissait subsister.
Plus encore, ces débats souvent vifs mais fraternels montrent que le besoin d'appartenance, de reconnaissance mutuelle et de solidarité intellectuelle constitue un moteur puissant de la réussite. Ils prouvent que l'apprentissage ne se réduit pas à l'écoute d'un discours magistral : il se construit également dans l'interaction, la coopération et la mise en mots de nos difficultés.
En définitive, la formation de l'inspecteur ne saurait s'arrêter à la sortie de l'amphithéâtre. Elle se prolonge et s'enracine dans ces instants de convivialité, où la fraternité devient une méthode et où l'échange devient un outil pédagogique. Si nos éminents professeurs sèment les graines du savoir avec rigueur et autorité, c'est souvent dans la chaleur de nos discussions autour du thé que ces graines germent réellement.
Yatma MBAYE, élève Inspecteur à la FASTEF