Éducation · Politiques éducatives

Réformer en profondeur l'école et l'université en République du Bénin

Et si le vrai mal du système éducatif béninois n'était pas un manque de moyens, mais un mauvais aiguillage des talents ? Dans cette tribune incisive, Tobias Kinha démonte les rouages d'une orientation scolaire trop souvent subie, et appelle à un geste rare en politique éducative : supprimer ce qui ne fonctionne plus pour bâtir une université enfin utile à la nation.

Le mot du Couloir du Savoir

Un couloir ne sépare pas, il relie. Du Sénégal au Bénin, du Congo au Maroc, Le Couloir du Savoir se veut un espace de passage où circulent les expériences, les idées et les voix de celles et ceux qui pensent l'éducation autrement, en Afrique et au-delà de ses frontières. Aujourd'hui, c'est la voix de Tobias Kinha, depuis Cotonou, qui traverse ce couloir et l'enrichit d'une réflexion essentielle sur l'avenir de l'école béninoise.

La République du Bénin ne peut plus se permettre de laisser son système éducatif produire des générations d'élèves et d'étudiants mal orientés, mal préparés et souvent condamnés à l'échec. Le problème du mauvais choix de cursus scolaire et universitaire n'est pas un simple défaut d'accompagnement. C'est une faiblesse structurelle qui freine la réussite des jeunes, accentue le chômage et fragilise le développement national.

Il est urgent de moderniser le système scolaire et universitaire pour l'adapter aux réalités du monde actuel. L'école ne doit plus fonctionner comme un cadre figé, déconnecté du marché du travail, des mutations technologiques et des besoins réels du pays. L'université, elle aussi, doit sortir d'une logique d'accumulation de filières sans débouchés clairs pour devenir un véritable levier de compétences, d'innovation et d'employabilité.

Une orientation qui ne doit plus être subie

Trop d'élèves et d'étudiants sont encore orientés par défaut, sous la pression familiale, par mimétisme social ou simplement en fonction des notes obtenues. Résultat : des abandons massifs, des parcours chaotiques, des reconversions tardives et un immense gaspillage de talents. Il faut rompre avec cette logique.

Ce qui est en jeu

Des abandons massifs, des parcours chaotiques, des reconversions tardives : l'orientation subie produit un immense gaspillage de talents pour le pays.

L'orientation doit devenir un processus intelligent, progressif et fondé sur les aptitudes, les intérêts, les compétences et les débouchés. Pour cela, il faut renforcer les conseillers d'orientation, introduire des outils numériques modernes, développer la connaissance des métiers dès le secondaire et créer une vraie passerelle entre l'école, l'université et le monde professionnel.

Moderniser l'université béninoise

La modernisation du système universitaire est désormais une nécessité absolue. L'université béninoise ne doit plus seulement former pour délivrer des diplômes. Elle doit former pour insérer, innover et répondre aux besoins stratégiques du pays. Cela suppose une révision profonde des programmes, une meilleure articulation avec le secteur privé, davantage de stages, plus de pratique et un alignement réel sur les secteurs porteurs.

Il faut aussi avoir le courage de dire que certaines filières universitaires sont aujourd'hui saturées, obsolètes ou insuffisamment liées aux besoins de l'économie nationale. Les maintenir sans réforme, c'est continuer à former massivement des jeunes pour un marché déjà incapable de les absorber. C'est pourquoi il devient nécessaire de supprimer, transformer ou réorienter certaines filières universitaires au profit de formations plus utiles, plus modernes et plus stratégiques.

La proposition centrale

Supprimer, transformer ou réorienter les filières universitaires saturées, au profit de formations alignées sur les besoins réels de l'économie nationale.

Supprimer, transformer, réorienter

La suppression de certaines filières ne doit pas être vue comme une punition, mais comme un acte de responsabilité. Une université sérieuse doit savoir fermer les formations qui ne répondent plus aux exigences du présent et les remplacer par des cursus plus adaptés : intelligence artificielle, numérique, cybersécurité, data, agriculture intelligente, gestion de projet, santé digitale, énergies renouvelables, logistique moderne et entrepreneuriat.

Cette réforme doit être accompagnée d'un dispositif de reconversion pour les étudiants déjà inscrits et les enseignants concernés. Il ne s'agit pas d'abandonner les personnes, mais de corriger un modèle devenu inefficace. L'objectif est clair : construire une université plus sélective dans ses choix, plus stratégique dans ses priorités et plus utile pour la nation.

« Réformer l'école et l'université, ce n'est pas seulement changer des programmes. C'est faire un choix de développement. »

Un choix de développement

Réformer l'école et l'université, ce n'est pas seulement changer des programmes. C'est faire un choix de développement. C'est décider que le Bénin veut une jeunesse mieux orientée, mieux formée et mieux préparée aux réalités de demain. C'est refuser de continuer à produire du désespoir académique et du chômage diplômé.

Le pays a besoin d'un système éducatif moderne, connecté au monde, ouvert sur la pratique, et aligné sur les besoins économiques, technologiques et sociaux de son époque. C'est à cette condition que l'école et l'université béninoises pourront redevenir des moteurs de réussite, de dignité et de progrès.

L'auteur a par ailleurs élaboré un document de planification pour la mise en œuvre concrète de cette réforme. Les lecteurs intéressés par une réflexion conjointe sur le sujet peuvent prendre contact via la rubrique RH & Management du Couloir du Savoir.

À propos de l'auteur

Tobias Kinha est Assistant Planification Projet Programme et entrepreneur du digital basé à Cotonou, Bénin. Il s'intéresse aux réformes structurelles de l'éducation et à l'intégration des compétences numériques dans les systèmes scolaires et universitaires africains.

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