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Lu pour Vous · Psychologie de l'enfant · Parentalité & Autorité éducative

Caroline Goldman et le retour des limites : une théorie qui divise

Chaque mois, l'équipe du Couloir vous propose, dans la rubrique Lu pour Vous, la lecture d'une autrice ou d'un auteur contemporain dont les idées font débat. Ce mois-ci : Caroline Goldman, psychologue qui s'est imposée depuis 2022 dans le débat français sur l'éducation des enfants en s'attaquant frontalement à ce qu'elle appelle les excès de l'éducation positive. Sa méthode, le time-out, la mise à l'écart temporaire de l'enfant, séduit une partie des parents épuisés par les injonctions à la bienveillance permanente. Elle s'attire aussi une opposition ferme d'une partie du monde scientifique. Voici ce que dit sa théorie, comment elle fonctionne concrètement, et ce que ses détracteurs lui reprochent.

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Le Comité de rédaction
Article du mois · Lu pour Vous · Août 2026
Accueil Lu pour Vous Caroline Goldman et le retour des limites
Résumé de l'article Caroline Goldman, psychologue et docteure en psychopathologie clinique, s'est imposée depuis 2022 comme la principale voix critique de l'éducation positive en France. Elle propose de réarmer l'autorité parentale autour du cadre et du time-out, une méthode qu'elle présente comme scientifiquement fondée. Cette synthèse expose sa thèse, sa méthode, ses appuis revendiqués, ainsi que les critiques que plus de 280 chercheurs et professionnels de la petite enfance lui ont opposées.

Qui est Caroline Goldman

Caroline Goldman est docteure en psychopathologie clinique, psychologue pour enfants et adolescents depuis une vingtaine d'années, et a enseigné quinze ans à l'université. Fille aînée du chanteur Jean-Jacques Goldman, elle reçoit des familles dans son cabinet de la banlieue parisienne et est elle-même mère de quatre enfants. Elle anime depuis 2022 un podcast consacré à la psychologie de l'enfant, tient une chronique sur France Inter, et a publié plusieurs ouvrages, dont File dans ta chambre en 2020 et Guide des parents d'aujourd'hui chez Flammarion en 2024.

La thèse centrale : une autorité désarmée

Le point de départ de Caroline Goldman est clinique. Elle affirme constater dans son cabinet une explosion des troubles du comportement chez l'enfant depuis six à sept ans, qu'elle attribue en grande partie aux effets d'une éducation dite positive ou bienveillante, largement relayée dans les médias depuis les best-sellers d'Isabelle Filliozat et de la pédiatre Catherine Gueguen. Selon elle, ce courant aurait progressivement retiré aux parents les moyens d'exercer une autorité claire, en assimilant toute limite ferme à une forme de violence.

Elle ne revendique pas un retour aux punitions physiques ou aux cris, qu'elle exclut explicitement de sa méthode. Sa position se veut une voie intermédiaire entre le laxisme qu'elle prête à l'éducation positive et une sévérité brute qu'elle rejette tout autant.

La méthode du time-out : le cadre en pratique

La solution que propose Caroline Goldman tient en un principe simple : le time-out, ou mise à l'écart temporaire de l'enfant hors de l'espace commun, une fois que la règle transgressée lui a été clairement rappelée. La séquence qu'elle recommande suit une progression codifiée. Le parent rappelle d'abord une valeur familiale non négociable, par exemple « Ici, personne ne tape et ça ne changera pas ». Il reste ensuite calme et ferme face à l'enfant, sans jugement ni cris, une posture qu'elle résume par l'image d'un parent « stoïque tel un éléphant face à une fourmi ». Si l'enfant persiste après plusieurs rappels, il est envoyé dans sa chambre pour un temps limité, le temps que la tension retombe.

Cette méthode ne se limite pas, selon elle, aux enfants en bas âge. En 2025, elle a étendu sa recommandation aux crèches, proposant d'y appliquer le time-out aux tout-petits jugés agressifs, une extension qui a suscité une vive controverse chez les professionnels de la petite enfance.

Les appuis scientifiques revendiqués

Caroline Goldman situe le time-out dans une filiation internationale reconnue. Elle cite le Conseil de l'Europe, qui recommande cette pratique comme sanction non violente, le programme Barkley utilisé dans la prise en charge du trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, ainsi que les travaux du professeur Alan Kazdin, directeur du centre de parentalité de l'université Yale. Ces références donnent à sa méthode une apparence de consensus scientifique établi, un point que ses détracteurs contestent frontalement.

Ce que lui reprochent ses critiques

L'opposition à Caroline Goldman ne vient pas seulement des tenants de l'éducation positive. En mars 2023, plus de 280 chercheurs et professionnels de la petite enfance ont cosigné une tribune contestant sa vision du time-out, jugée peu efficace, susceptible d'augmenter l'anxiété des enfants, et incapable, selon eux, d'enseigner le comportement réellement attendu. Elle leur a répondu par une tribune où elle s'est défendue de prôner une éducation coercitive, tout en revendiquant des références scientifiques à l'appui de sa méthode.

Le chercheur en sciences cognitives Franck Ramus lui reproche, pour sa part, un positionnement psychanalytique qui tend à nier l'existence des troubles neurodéveloppementaux, autisme, trouble du déficit de l'attention, troubles des apprentissages, en n'y voyant que le symptôme de difficultés relationnelles entre parents et enfants. Lorsqu'elle a proposé d'étendre le time-out aux crèches, la psychologue du développement Josette Serres lui a répondu qu'elle confondait le symptôme et la cause, et qu'elle intervenait sur un terrain, la petite enfance en collectivité, où elle ne disposait selon elle d'aucune légitimité professionnelle directe. D'autres chercheurs, comme Anne Bobin-Bègue, maîtresse de conférences en psychologie du développement à Paris-Nanterre, critiquent plus largement l'approche en forme de recette qu'elle propose aux parents, estimant que forcer chacun à choisir son camp entre Goldman et Filliozat n'aide personne.

Le débat Goldman contre Gueguen

Je le comprends ou je le limite ?

Le point de friction le plus net oppose Caroline Goldman à la pédiatre Catherine Gueguen, référence de l'approche neuroscientifique de la petite enfance. Pour Gueguen, le cerveau de l'enfant est immature, ses colères ne sont pas des provocations volontaires mais des signes d'un système encore incapable de s'autoréguler seul, ce qui appelle une réponse de co-régulation plutôt que d'isolement. Pour Goldman, à l'inverse, l'enfant a besoin d'un cadre stable pour se sentir en sécurité, et l'absence de limite claire produit davantage d'angoisse que la limite elle-même. Ce sont deux lectures du même comportement enfantin, la crise, qui débouchent sur deux réponses éducatives inconciliables.

Ce qu'un éducateur peut en retenir

Pour un enseignant ou un encadreur pédagogique, ce débat dépasse le seul cadre familial. La question de la limite, comment la poser, jusqu'où la tenir, que faire quand elle est transgressée, traverse aussi la salle de classe. Il n'existe à ce jour aucune étude scientifique indépendante ayant validé la méthode de Caroline Goldman dans sa forme codifiée, pas plus qu'il n'existe de consensus achevé sur les effets à long terme de l'éducation positive telle qu'elle a été popularisée en France. Ce que ce débat donne à voir, plus que la solution qu'il faudrait choisir, c'est la difficulté réelle, pour les parents comme pour les professionnels de l'enfance, de tenir une ligne éducative cohérente entre fermeté et écoute, sans céder à la caricature d'un camp ou de l'autre.

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Le Comité de rédaction
Article du mois de l'espace Lu pour Vous du Couloir du Savoir, une sélection mensuelle dédiée aux lectures, débats et courants qui traversent l'éducation et la psychologie de l'enfant.