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CFEE 2026 · Débat public · Analyse & Données

CFEE 2026 : excellence, docimologie et le bien-fondé d'une parole ministérielle

Après la publication des résultats du CFEE 2026, le ministre de l'Éducation nationale a salué « l'excellence » du système éducatif sénégalais. Une lettre ouverte, portée notamment par des chercheurs de la FASTEF-UCAD, a interrogé ce mot au nom de la rigueur scientifique. Le débat qu'elle ouvre est utile et mérite d'être pris au sérieux. Voici où nos positions rejoignent les leurs, et où elles s'en écartent.

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MBM · Le Couloir du Savoir
Analyse & Données · Juillet 2026
Résumé de l'article

Une lettre ouverte adressée au ministre Moustapha Guirassy interroge le mot « excellence » employé au lendemain des résultats du CFEE 2026, au nom de la docimologie et du PASEC. Nous partageons son exigence de transparence, mais notre lecture diverge sur le fond : les chiffres DEXCO (94,49 % de réussite, hausse de 23,76 points) fondent la déclaration ministérielle, et une déclaration de presse ne répond pas aux mêmes règles qu'un article scientifique.

La lettre ouverte,
saluée

Une lettre ouverte a récemment circulé, adressée au ministre Moustapha Guirassy. Elle interroge l'usage du mot « excellence » pour qualifier les résultats du CFEE 2026, à la lumière de la docimologie et des évaluations PASEC de la CONFEMEN. Le texte est soigné, documenté, porté par une vraie exigence pour l'école sénégalaise. C'est tout à l'honneur de ses auteurs.

Sur un point, nous les rejoignons sans réserve : un taux de réussite brut, seul, ne prouve jamais l'excellence d'un système éducatif. La demande de transparence sur les données longitudinales, moyennes brutes, dispersion par académie, devenir des cohortes, est également légitime. Le ministère aurait tout à gagner à la satisfaire.

Sur un autre point, en revanche, notre lecture diverge de la leur. Nous pensons que la déclaration du ministre était non seulement compréhensible dans son registre, mais fondée sur des éléments factuels que la lettre ouverte ne mentionne pas.

Ce que les chiffres
autorisent à dire

Les données officielles de la DEXCO sont connues : 286 131 admis sur 302 809 candidats présents, soit un taux national de réussite de 94,49 %. Ce taux marque une hausse de 23,76 points par rapport à l'édition précédente. Une progression de cette ampleur, sur une seule année, n'est pas une simple fluctuation statistique qu'un ajustement de barème suffirait à expliquer. Elle appelle une explication de fond, et le travail des enseignants, des chefs de centre et des correcteurs en fait partie.

Autre élément que la lettre ouverte ne mobilise pas : l'écart entre l'académie la plus faible et la plus forte, Sédhiou à 89,55 % et Matam à 98,56 %, reste significatif, mais il s'inscrit dans une fourchette resserrée. Ce n'est pas l'uniformité recherchée, mais ce n'est pas non plus le signe d'un système qui ne progresserait que sur le papier.

Ce que disent les chiffres

302 809 candidats présents · 286 131 admis · taux national de 94,49 % · hausse de 23,76 points · écart d'académie compris entre 89,55 % (Sédhiou) et 98,56 % (Matam).

Sur cette base, la déclaration du ministre ne relève pas d'un satisfecit gratuit. Elle prend acte d'un mouvement réel, mesurable, documenté par l'institution elle-même. C'est ce fondement factuel qui, à nos yeux, justifie le terme employé, indépendamment de la question du registre que nous développons ci-dessous.

À lire aussi : notre analyse complète des chiffres du CFEE 2026, 23,76 points de hausse : la COSYDEP a posé la question.

Deux registres,
une même exigence de vérité

Il reste que la nature de la prise de parole compte aussi. Moustapha Guirassy s'exprimait au lendemain de la publication des résultats, devant l'Agence de Presse Sénégalaise. Une déclaration de presse et un article scientifique ne répondent pas aux mêmes règles. La première relève de la parole institutionnelle, celle qui reconnaît publiquement un effort collectif à un moment où ce collectif a besoin d'être vu. Le second relève de la démonstration, qui se construit et se vérifie par les données.

Un ministre qui dit « excellence » au lendemain de résultats en forte hausse ne pose pas une affirmation docimologique. Il pose un acte de parole politique.

Féliciter, encourager, tenir le moral d'un système avant la rentrée : ce sont deux régimes de vérité différents. L'un se vérifie par des données. L'autre se juge à son efficacité mobilisatrice. Juger cet acte avec les seuls instruments de la docimologie, c'est appliquer une grille d'analyse à un objet qui n'a jamais prétendu s'y soumettre.

PASEC et CFEE,
deux outils à manier avec précaution

Le PASEC mesure les acquis fondamentaux en fin de primaire, à l'échelle du système, sur un échantillon et une méthodologie propres à la CONFEMEN. Le CFEE 2026 mesure la réussite à un examen certificatif, avec son propre référentiel, sa propre grille de correction, ses propres correcteurs. Les deux instruments appartiennent à la même famille, celle de l'évaluation des acquis, mais ils ne portent pas sur les mêmes cohortes et ne répondent pas aux mêmes questions.

Convoquer le PASEC 2019 pour relativiser le CFEE 2026 est une mise en perspective utile, mais elle ne remplace pas une lecture des données propres au CFEE lui-même, celles que nous venons de présenter.

Une divergence assumée,
un objectif commun

Nous ne partageons donc pas entièrement la lecture de la lettre ouverte. Là où elle voit dans le mot « excellence » une proclamation prématurée, nous y voyons une reconnaissance fondée sur des résultats réels, exprimée dans le registre qui est celui d'une déclaration institutionnelle. Ce désaccord n'efface pas ce qui nous réunit : la même exigence de transparence sur les données, et la même conviction que l'école sénégalaise mérite un débat public informé plutôt que des postures.

C'est dans cet esprit, celui d'un dialogue exigeant entre praticiens du terrain et chercheurs, que nous accueillons cette lettre ouverte. Elle honore le débat public sur l'école sénégalaise, même là où nous nous en écartons. Nous espérons que cette réponse y contribue à son tour.

Questions fréquentes

Le taux de réussite de 94,49 % au CFEE 2026 est-il fiable ?

Ce taux provient des données officielles de la DEXCO : 286 131 admis sur 302 809 candidats présents, soit une hausse de 23,76 points par rapport à l'édition précédente. Une progression de cette ampleur sur une seule année ne s'explique pas par un simple ajustement de barème.

Le PASEC et le CFEE mesurent-ils la même chose ?

Non. Le PASEC de la CONFEMEN mesure les acquis fondamentaux en fin de primaire à l'échelle du système, sur un échantillon. Le CFEE est un examen certificatif national avec son propre référentiel et sa propre grille de correction.

Une déclaration ministérielle doit-elle respecter les mêmes règles qu'un article scientifique ?

Non. Une déclaration de presse relève de la parole institutionnelle, qui reconnaît un effort collectif à un moment donné. Un article scientifique relève de la démonstration, qui se vérifie par les données.

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MBM · Le Couloir du Savoir
Cette analyse s'inscrit dans le suivi éditorial du CFEE 2026 mené sur Le Couloir du Savoir, dédié à un débat public informé sur l'école sénégalaise.