Après la publication des résultats du Certificat de fin d'études élémentaires (CFEE) 2026, le ministre de l'Éducation nationale a salué « l'excellence » du système éducatif sénégalais. Une lettre ouverte, portée notamment par des chercheurs de la Faculté des sciences et technologies de l'éducation et de la formation (FASTEF) de l'UCAD, a interrogé ce mot au nom de la rigueur scientifique. Le débat est utile. Nos positions rejoignent celles de la lettre sur la transparence et s'en écartent sur le fond.
Résumé
La lettre ouverte adressée au ministre Moustapha Guirassy conteste le mot « excellence » au nom de la docimologie et du Programme d'analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC). Nous partageons son exigence de transparence. Notre lecture diverge pourtant sur deux points : les chiffres de la Direction des examens et concours (DEXCO), 94,49 % de réussite et une hausse de 23,76 points, fondent la déclaration ministérielle ; et une déclaration de presse obéit à d'autres règles qu'un article scientifique.
Une lettre ouverte utile au débat
Une lettre ouverte a récemment circulé, adressée au ministre Moustapha Guirassy. Elle interroge l'usage du mot « excellence » pour qualifier les résultats du CFEE 2026, à la lumière de la docimologie et des évaluations PASEC. Le texte est documenté et porté par une réelle exigence pour l'école sénégalaise.
Sur un point, nous rejoignons ses auteurs sans réserve : un taux de réussite brut, pris seul, ne prouve jamais l'excellence d'un système éducatif. Leur demande de transparence sur les données longitudinales (moyennes brutes, dispersion par académie, devenir des cohortes) est légitime, et le ministère aurait tout à gagner à la satisfaire.
Notre lecture diverge en revanche sur la déclaration elle-même. Elle nous paraît fondée sur des éléments factuels que la lettre ouverte ne mentionne pas, et cohérente avec le registre dans lequel elle a été prononcée.
Les chiffres de la DEXCO
Les données officielles de la DEXCO sont connues : 286 131 admis sur 302 809 candidats présents, soit un taux national de réussite de 94,49 %, en hausse de 23,76 points par rapport à l'édition précédente. Sur une seule année, une progression de cette ampleur dépasse la fluctuation statistique, et un ajustement de barème ne suffit pas à l'expliquer. Elle appelle une explication de fond, dont le travail des enseignants, des chefs de centre et des correcteurs fait partie.
| Indicateur | CFEE 2026 |
|---|---|
| Candidats présents | 302 809 |
| Admis | 286 131 |
| Taux national de réussite | 94,49 % |
| Évolution par rapport à l'édition précédente | +23,76 points |
| Académie au taux le plus bas | Sédhiou, 89,55 % |
| Académie au taux le plus haut | Matam, 98,56 % |
Source : données officielles de la DEXCO, session 2026.
La lettre ouverte ne mobilise pas non plus l'écart entre académies. Celui-ci reste significatif, mais il tient dans une fourchette resserrée de neuf points. L'uniformité reste à atteindre, sans que l'on puisse parler d'une progression de façade.
Sur cette base, la déclaration du ministre prend acte d'un mouvement réel, documenté par l'institution elle-même. À nos yeux, ce fondement factuel justifie le terme employé, indépendamment de la question du registre.
Notre analyse complète des chiffres figure dans l'article 23,76 points de hausse : la COSYDEP a posé la question, voici l'analyse objective.
Parole politique et démonstration scientifique
La nature de la prise de parole compte aussi. Moustapha Guirassy s'exprimait au lendemain de la publication des résultats, devant l'Agence de presse sénégalaise (APS). Une déclaration de presse relève de la parole institutionnelle : elle reconnaît publiquement un effort collectif au moment où ce collectif a besoin d'être vu. Un article scientifique relève de la démonstration, qui se construit et se vérifie par les données.
Thèse
Au lendemain de résultats en forte hausse, le mot « excellence » relève de l'acte de parole politique. Le juger avec les seuls instruments de la docimologie revient à lui appliquer une grille qu'il n'a jamais prétendu satisfaire.
Féliciter un système avant la rentrée et démontrer une performance obéissent à deux régimes de vérité. Le premier se juge à son efficacité mobilisatrice ; le second se vérifie par des données. La confusion des deux affaiblit le débat plus qu'elle ne l'éclaire.
Le PASEC et le CFEE, deux instruments distincts
Le PASEC mesure les acquis fondamentaux en fin de primaire, à l'échelle du système, sur un échantillon et selon une méthodologie propres à la CONFEMEN. Le CFEE mesure la réussite à un examen certificatif national, avec son référentiel, sa grille de correction et ses correcteurs. Les deux instruments relèvent de l'évaluation des acquis, mais ils ne portent pas sur les mêmes cohortes et ne répondent pas aux mêmes questions.
Convoquer le PASEC 2019 pour relativiser le CFEE 2026 offre une mise en perspective utile. Elle ne dispense pas de lire les données propres au CFEE, présentées plus haut.
Un terrain d'entente sur la transparence
Là où la lettre ouverte voit dans le mot « excellence » une proclamation prématurée, nous lisons une reconnaissance fondée sur des résultats réels, exprimée dans le registre d'une déclaration institutionnelle. Le désaccord laisse intact un terrain commun : la même exigence de transparence sur les données, et la conviction que l'école sénégalaise mérite un débat public informé plutôt que des postures.
Questions fréquentes
Le taux de réussite de 94,49 % au CFEE 2026 est-il fiable ?
Ce taux provient des données officielles de la DEXCO : 286 131 admis sur 302 809 candidats présents, soit une hausse de 23,76 points par rapport à l'édition précédente. Une progression de cette ampleur sur une seule année ne s'explique pas par un simple ajustement de barème.
Le PASEC et le CFEE mesurent-ils la même chose ?
Non. Le PASEC de la CONFEMEN mesure les acquis fondamentaux en fin de primaire à l'échelle du système, sur un échantillon. Le CFEE est un examen certificatif national, avec son propre référentiel et sa propre grille de correction. Les deux relèvent de l'évaluation des acquis, mais ne répondent pas aux mêmes questions.
Une déclaration ministérielle doit-elle respecter les mêmes règles qu'un article scientifique ?
Non. Une déclaration de presse relève de la parole institutionnelle, qui reconnaît un effort collectif à un moment donné. Un article scientifique relève de la démonstration, qui se vérifie par les données.
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La balle est dans le camp des données
Le dialogue entre praticiens et chercheurs gagne à ces échanges contradictoires. La suite appartient au ministère : publier les données longitudinales réclamées par la lettre ouverte permettrait de trancher le débat sur pièces, au-delà des mots.
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