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Espace Inspecteurs · Contribution · Réforme éducative

Le MOHEBS, une réforme incontournable
mais des manquements structurels !

MD

Mbaye DIOP

IEE · Inspecteur de l'Enseignement Élémentaire · IEF de Mbour 2

J'ai suivi avec intérêt le débat de haute facture tenu à propos de cette question majeure à savoir l'introduction des langues nationales dans le système éducatif, mise en œuvre aujourd'hui par le MOHEBS (Modèle harmonisé d'Enseignement bilingue au Sénégal).

Les différentes interventions ont permis de clarifier les enjeux de cette réforme qu'on peut résumer en deux points : la volonté politique et l'environnement pédagogico-didactique.

La volonté politique

S'agissant du premier point, je n'ai aucun doute quant à l'engagement des plus hautes autorités de ce pays. Depuis les premières expériences, notamment les classes télévisuelles, une volonté constante d'endogénéisation du système éducatif s'est manifestée, en particulier avec l'usage des langues nationales comme médium et objet d'enseignement. Toutefois, le principal point faible demeure le choix, pour le moins discutable, d'adosser le financement à des partenariats extérieurs comme l'USAID pour le projet RELIT et la fondation GATES pour le MOHEBS. Une réforme d'une telle envergure, porteuse d'enjeux stratégiques, gagnerait à être sécurisée avec un financement interne.

L'environnement pédagogico-didactique

En ce qui concerne le second levier, il renvoie à l'écosystème au sein duquel cette initiative doit être impulsée et déployée : programmes et curricula, cartographie linguistique, formation du corps enseignant, supports pédagogiques, méthodes d'enseignement, organisation de la classe et évaluation des élèves. Des avancées significatives ont été enregistrées, bien que certaines imperfections demeurent. À titre d'illustration, on peut évoquer les guides pédagogiques, l'outil de l'élève, le schéma de cohabitation entre L1 et L2 (du CI au CM2), le principe de la décodabilité maximale, les emplois de temps, etc.

Dans ce même ordre d'idées, par rapport au principal reproche adressé aux langues nationales (leur supposée faible fonctionnalité didactique, tant sur le plan épistémique qu'axiologique), il convient de retenir qu'elles n'ont rien à envier au français et à l'anglais. Et d'ailleurs, il me semble que les productions réalisées jusqu'à maintenant ont démontré un certain dynamisme lexical et une certaine plasticité linguistique. Elles peuvent par conséquent s'adapter à des besoins variés, qu'ils soient connus, émergents ou innovants. Cela montre que toute langue est potentiellement capable de porter des savoirs scientifiques et des valeurs.

« Toute langue est potentiellement capable de porter des savoirs scientifiques et des valeurs. »

Mbaye DIOP · IEE · IEF de Mbour 2

Une capitalisation insuffisante des expériences passées

Seulement à mon humble avis, hormis la question du financement de cette réforme, l'on n'a pas su bien capitaliser toutes les expériences entreprises jusque-là dont notamment ARED, ÉLAN, et ÉMILE. Un tel travail aurait montré que la formation initiale des enseignants constitue le principal levier. Le schéma serait donc :

1

Phase de mise à l'essai

À l'image du CEB — expérimentation contrôlée

2

Phase de transition

La formation initiale intègre tous les outils et documents stabilisés par le MOHEBS

3

Étape de la généralisation

Après deux ou trois générations d'enseignants bien formés

Ajustements proposés au MEN

Considérant que la réforme est déjà enclenchée (et qu'elle semble irréversible), il revient au MEN, sous l'éclairage des structures centrales (DEE, INEADE, DEPRE, DFC, BEXCO) et surtout des structures décentralisées (IA et IEF) de procéder aux ajustements suivants :

  • Élaborer, en compléments des outils existants, des manuels dédiés aux langues à enseigner (lexique, grammaire, concepts didactiques), déjà disponibles. Cela permettrait de mieux accompagner les enseignants non locuteurs.

  • Assurer la mise à disposition effective de tous les supports pédagogiques dès le début de l'année scolaire, idéalement en septembre.

  • Renforcer l'environnement didactique des classes par la mise à disposition de supports visuels tels que les lettres et les mots-étiquettes.

  • Recenser et mutualiser les bonnes pratiques notées dans les différentes IEF. Le modèle du CREAQ (Cadre de Réflexion pour des Enseignements-apprentissages de Qualité), conceptualisé par l'inspecteur Mouhamadou Bamba MBAYE (IEF de Kédougou), constitue une trouvaille pouvant renforcer et maximiser l'encadrement des enseignants.

  • Orienter prioritairement les ressources financières du MOHEBS vers la formation et l'encadrement des enseignants intervenant dans les classes bilingues.

  • Recueillir de manière systématique les avis et observations des principaux acteurs de la réforme que sont les inspecteurs, les directeurs et les enseignants.

Stivation & Formation

Je félicite l'IEF de Kédougou dont la réflexion soutenue aide à modéliser des expériences pédagogiques, à l'image du modèle de la Stivation, lequel peut aider à repenser les stratégies de formation.

Découvrir la Stivation →
MD

Mbaye DIOP

IEE — Inspecteur de l'Enseignement Élémentaire

En service à l'IEF de Mbour 2