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CREM 2026 : la suppression de la dictée à la présélection, notre analyse publiée dès le 8 juin

MBM · Le Couloir du Savoir Publié le Lecture : 5 min

Le 8 juin 2026, un article publié ici demandait la suppression de la dictée à la présélection du CREM au profit des mathématiques. Le 10 juin, une note du Ministère de l'Éducation nationale a acté ce changement pour l'option Français. Retour sur cette convergence, comparaison des deux textes, et réponses aux craintes exprimées depuis.

Le 8 juin, un plaidoyer pour supprimer la dictée. Le 10 juin, une note qui le fait.

Le 8 juin 2026, cet espace publiait un article de plaidoyer intitulé « Présélection au CREM : et si la dictée cédait sa place aux mathématiques ? ». Le texte demandait explicitement la suppression de la dictée comme épreuve unique de présélection, et son remplacement, total ou partiel, par une épreuve vérifiant la capacité des candidats à résoudre des problèmes mathématiques. La proposition s'appuyait sur des données publiques, le PASEC 2019 et le baromètre Jàngandoo, pour établir un constat simple : la présélection du CREM ne mesurait que l'orthographe des candidats, jamais leur rapport aux mathématiques, alors même que la résolution de problèmes reste la compétence la plus fragile des élèves sénégalais. L'article reste consultable dans son intégralité et peut être relu pour vérifier les termes exacts de cette proposition.

Le 10 juin 2026, deux jours plus tard, une note d'information signée du Ministre de l'Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a fixé les nouvelles épreuves de la phase de présélection du CREM pour la session 2026. Pour l'option Français, la dictée disparaît. Elle est remplacée par une épreuve mixte à deux sections, notée sur 40 points : une section de français portant sur l'identification et la correction d'erreurs ainsi que sur l'application des règles de grammaire, d'orthographe et de conjugaison, et une section de mathématiques portant sur les opérations et petits problèmes du niveau CM1-CM2.

Notre proposition du 8 juin

Remplacer la dictée par une épreuve de résolution de problèmes calibrée au niveau du cycle élémentaire supérieur, pour vérifier que le futur maître maîtrise les savoir-faire qu'il devra enseigner.

Les décisions actées par la note du 10 juin

Une épreuve mixte remplaçant la dictée, combinant français et mathématiques, notée sur 40 points, avec la mention explicite : « Cette épreuve remplace la dictée. »

La correspondance reste partielle. Notre proposition privilégiait une épreuve de résolution de problèmes à part entière ; la note ministérielle a retenu une formule mixte, plus proche de notre « option transitoire » que de notre « option idéale ». Mais le principe central, celui qui consiste à faire entrer les mathématiques dans le premier filtre du concours, est désormais acquis. Nous ne prétendons pas ici établir un lien de cause à effet que seules les personnes ayant instruit ce dossier au Ministère pourraient confirmer. Nous constatons une convergence, et nous la documentons.

35,9 % : le chiffre qui justifiait la proposition, et qui n'a pas bougé

Entre le 8 juin et aujourd'hui, le chiffre qui justifiait notre proposition n'a pas changé.

Baromètre Jàngandoo 2019 - LARTES-IFAN

Sur près de 21 500 enfants sénégalais évalués, seuls 35,9 % parviennent à résoudre un problème mathématique de base. Le PASEC 2019 mesure par ailleurs un écart de vingt points entre la maîtrise linguistique (84 %) et la maîtrise mathématique (65 %) des enseignants sénégalais en poste.

Tant que ce chiffre reste inchangé, la logique qui justifie d'introduire les mathématiques dans la présélection reste valable, quelle que soit la formule technique retenue pour le faire.

Un débat s'est ouvert aussitôt. Trois craintes méritent une réponse précise.

La note du 10 juin n'a pas fait consensus. Sur les réseaux, un professeur de lettres a publié une réaction critique, largement relayée, y compris par la page du Ministère lui-même. Son argument mérite d'être posé sans le caricaturer : la dictée, dit-il en substance, avait une vertu que ni le cours de rattrapage ni le bachotage ne pouvaient contourner, celle de révéler sans détour le rapport réel du candidat à la langue d'enseignement. Sa suppression, ajoute-t-il, intervient au moment même où le corps des inspecteurs chargés d'encadrer les maîtres sur le terrain s'amenuise ; il en résulterait selon lui une double faille dans la chaîne de qualité du recrutement. Cet argument mérite l'attention, et il rejoint des craintes exprimées ailleurs. Trois d'entre elles reviennent le plus souvent.

Craint-on, à raison, une baisse du niveau de français ?

La maîtrise de la langue d'enseignement reste une compétence non négociable pour tout maître sénégalais, et notre article du 8 juin le disait explicitement en refusant de proposer la suppression pure et simple de toute vérification orthographique. Pour cette raison, notre proposition demandait d'ajouter les mathématiques au dispositif de présélection, par substitution ou par addition, sans en éliminer le français. La note du 10 juin, en conservant une section française notée sur 20 points à l'intérieur de la nouvelle épreuve mixte, ne supprime donc pas la vérification linguistique : elle la réduit en volume et l'associe à une vérification mathématique qui n'existait pas avant la deuxième phase du concours. Un candidat qui écrit mal continuera d'être éliminé à ce premier filtre.

S'agit-il d'un désarmement des filtres de qualité ?

L'épreuve reste sur 40 points, avec deux sections distinctement évaluées, et elle demeure sélective au même titre que l'ancienne dictée. Le changement porte sur la répartition des compétences vérifiées, et non sur le niveau d'exigence global. Un filtre qui ne mesurait que l'orthographe laissait passer, sans le savoir, des candidats incapables de résoudre un problème de niveau CM, pour ensuite les retrouver devant une classe. Élargir le champ du filtre le rend plus fidèle aux exigences réelles du métier, sans l'affaiblir.

Pourquoi renforcer la présélection quand le corps de contrôle s'amenuise ?

Cette inquiétude touche à un vrai problème, qui relève toutefois d'un autre dossier. La diminution du nombre d'inspecteurs sur le terrain est une question de ressources humaines et d'organisation du corps de contrôle, qui appelle ses propres arbitrages budgétaires. La réforme des épreuves de présélection est une question de contenu du concours. Traiter les deux dossiers comme s'ils devaient se neutraliser reviendrait à renoncer à corriger un filtre de recrutement documenté comme incomplet depuis 2019, au motif qu'un autre problème, réel, n'est pas encore résolu. Les deux chantiers méritent d'avancer, chacun selon sa propre logique.

La question dépasse l'opposition entre dictée et mathématiques. La question est : que doit vérifier le premier filtre d'un concours qui recrute ceux qui enseigneront à nos enfants pendant des décennies ?

Les leçons d'une convergence de deux jours pour les inspecteurs de terrain

Au-delà de la question technique des épreuves, cette séquence de deux jours donne une leçon simple à ceux qui, comme les inspecteurs de l'Éducation et de la Formation, observent le système depuis le terrain et écrivent rarement au-delà du rapport administratif. Un plaidoyer documenté, appuyé sur des données publiques et publié au bon moment, peut rejoindre une décision publique, même sans qu'aucun lien direct ne soit établi entre les deux. Cela ne dispense pas de la rigueur ni du doute méthodologique. Cela confirme en revanche qu'il existe un espace, entre le rapport interne et le silence, pour une parole d'inspecteur qui argumente publiquement à partir de ses observations.

La session 2026 du CREM dira, dans les mois qui viennent, si cette réforme produit les effets attendus sur le profil des candidats retenus. Ce sera alors le moment d'un autre article, fondé cette fois sur des résultats et non plus sur une proposition.

À lire aussi

Présélection au CREM : et si la dictée cédait sa place aux mathématiques ?, l'article du 8 juin 2026 qui détaille les données PASEC 2019 et Jàngandoo, et les deux options de réforme proposées.

Questions fréquentes

La suppression de la dictée à la présélection du CREM va-t-elle faire baisser le niveau de français des futurs maîtres ?

Non, car la nouvelle épreuve mixte instaurée par la note du 10 juin 2026 conserve une section française notée sur 20 points, portant sur la correction d'erreurs, la grammaire, l'orthographe et la conjugaison. La vérification linguistique demeure : elle est recentrée et associée pour la première fois à une vérification mathématique.

La réforme du CREM est-elle un désarmement des filtres de qualité du recrutement ?

L'épreuve reste sélective et notée sur 40 points avec deux sections évaluées. Le changement porte sur la répartition des compétences vérifiées, et non sur le niveau d'exigence global. Faire entrer les mathématiques dans le premier filtre répond à une faiblesse documentée par le PASEC 2019 et le baromètre Jàngandoo, sans renoncer à la vérification du français.

Pourquoi renforcer la présélection alors que le nombre d'inspecteurs diminue sur le terrain ?

Ce sont deux dossiers distincts qui appellent chacun sa propre réponse. La réforme des épreuves de présélection ne règle pas la question des effectifs d'inspecteurs, et inversement, le déficit d'encadrement sur le terrain ne justifie pas de renoncer à corriger un filtre de recrutement dont l'angle mort mathématique est documenté depuis 2019.

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