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Politique éducative · Réforme CFEE 2026 · Espace Inspecteurs

Sixième sans concours :
le chantier qui commence maintenant

Le décret n°2026-1112 du 21 mai 2026 a mis fin au concours d'entrée en sixième. C'est une décision juste, qui met fin à une sélection précoce excluant des enfants sur la base d'une seule épreuve. Cet article montre que la réussite pleine et entière de cette réforme d'équité dépend maintenant d'un accompagnement pédagogique collectif, des inspections de l'éducation et de la formation jusqu'au Ministère, en passant par les Inspections d'Académie, les partenaires techniques et financiers et les syndicats d'enseignants.

CR
Comité de rédaction
Le Couloir du Savoir · Août 2026
Accueil Espace Inspecteurs Sixième sans concours : le chantier qui commence maintenant
Résumé de l'article Le décret n°2026-1112 du 21 mai 2026 a supprimé le concours d'entrée en sixième au Sénégal, au profit d'un Certificat de fin d'études élémentaires unique et d'un dispositif de remédiation piloté par les inspections de l'éducation et de la formation. Cette réforme d'équité est juste dans son principe. Sa réussite dépend désormais d'un effort renouvelé sur la qualité des apprentissages, appuyé par la recherche internationale sur le coaching pédagogique, par la preuve déjà apportée au Sénégal par les programmes LPT et RELIT, et par une mobilisation coordonnée des IEF, des Inspections d'Académie, du Ministère de l'Éducation nationale, des partenaires techniques et financiers et des syndicats d'enseignants.

Un enjeu ancien, que la réforme met en lumière

Le décret n°2026-1112 du 21 mai 2026 a mis fin au concours d'entrée en sixième. Il crée un diplôme unique, le Certificat de fin d'études élémentaires, avec une moyenne d'admission fixée à 5/10. Ce texte ferme un cycle vieux de plusieurs décennies. Il en ouvre un autre, plus discret, mais plus décisif : celui de la qualité réelle des apprentissages au primaire. La session 2026 a réuni 306 485 candidats au CFEE, avec 56,64% de filles.

Le Programme d'analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN avait déjà établi, dès son évaluation de 2014, que 53% des élèves sénégalais de sixième année possédaient des compétences suffisantes en lecture et en mathématiques, mais que seulement 60% des enfants achevaient alors le cycle primaire. En croisant ces deux chiffres, environ un enfant sur trois seulement terminait le primaire avec des acquis réellement consolidés. Ce chiffre n'est pas né avec la réforme. Il existait déjà, et la nouvelle architecture du système donne aujourd'hui l'occasion de le regarder en face, avec les moyens d'y répondre.

Pour les fondements juridiques de cette réforme et une lecture chiffrée depuis le terrain, voir « De la sélection à la continuité : un tournant historique pour l'école sénégalaise ».

Une réforme qui gagne à s'accompagner d'un effort renouvelé sur la qualité

Le concours, avec toutes les limites qu'on lui connaissait, jouait aussi un rôle de repère pour les pratiques de classe. Sa suppression ouvre une période où il devient d'autant plus utile de réaffirmer, avec constance, que l'accès facilité à la sixième ne change rien à l'exigence pédagogique attendue à l'école élémentaire. C'est un travail de conviction et d'accompagnement, que les acteurs de l'éducation sont les mieux placés pour porter ensemble, chacun à son niveau.

Une réforme d'équité de cette ampleur mérite d'être portée jusqu'au bout.

Ce que le terrain sénégalais a déjà prouvé

Le Sénégal n'a pas besoin d'aller chercher cette preuve ailleurs. Le programme Lecture Pour Tous, lancé en octobre 2016 dans sept régions, a formé plus de 13 000 enseignants et directeurs d'école et touché près de 500 000 élèves de CI, CP et CE1 avant sa clôture en décembre 2021. Son successeur, le Renforcement de la Lecture Initiale pour Tous, lancé en avril 2022, a approfondi cette approche bilingue en l'articulant étroitement au MOHEBS, aujourd'hui déployé dans 13 des 16 régions éducatives du pays. Les évaluations conduites dans le cadre de ces deux programmes ont montré des résultats cohérents : les élèves accompagnés selon cette méthode lisent plus tôt, comprennent mieux et transfèrent plus efficacement leurs compétences que ceux instruits sans ce dispositif d'accompagnement rapproché.

La littérature internationale sur le développement professionnel des enseignants confirme ce que ce terrain a déjà montré. Une méta-analyse de soixante études à visée causale, publiée en 2018 par Kraft, Blazar et Hogan, établit qu'un accompagnement individualisé et régulier des enseignants, centré sur l'observation de classe et le retour immédiat, produit un effet mesurable sur la qualité de l'enseignement, nettement supérieur à celui des formations classiques organisées en séminaire.

Ce que ces deux programmes ont démontré pour la lecture, un pilotage comparable de l'encadrement pédagogique peut aujourd'hui le démontrer pour l'ensemble des apprentissages fondamentaux, à l'entrée en sixième. Le principe reste le même que celui déjà validé sur le terrain sénégalais : des objectifs clairs, un encadrement rapproché organisé de façon systématique, un suivi continu des résultats.

Une réussite qui se construit à plusieurs niveaux

Cette occasion concerne tous les niveaux du système, dans un même élan. Les inspections de l'éducation et de la formation peuvent, dès maintenant, réactiver l'encadrement par les pairs, outiller les directeurs d'école pour un accompagnement pédagogique de premier niveau, et faire de la remédiation un vrai temps d'apprentissage. Certaines circonscriptions disposent déjà, pour cela, d'un outil éprouvé : le CREAQ (Cadre de Réflexion et d'Encadrement pour un Enseignement Apprentissage de Qualité), qui réunit inspecteur, encadreurs de proximité et enseignants autour de l'analyse concrète de leçons observées. Ce type de dispositif, quand il reste ancré dans le concret, produit des effets réels sur la pratique de classe. Il mérite d'être connu et étendu là où il n'existe pas encore.

Les Inspections d'Académie peuvent jouer pleinement leur rôle d'harmonisation, en mutualisant les pratiques qui fonctionnent d'une circonscription à l'autre. Le Ministère de l'Éducation nationale, qui porte cette réforme avec une intention juste, pourrait utilement l'accompagner de moyens dédiés à l'observation de classe et de repères nationaux de compétences par niveau, pour donner à chaque équipe pédagogique un cap commun. Les partenaires techniques et financiers de l'éducation, déjà engagés au Sénégal, disposent d'expériences comparables menées ailleurs sur le continent, qui méritent d'être mises à profit. Les syndicats d'enseignants, enfin, ont un rôle précieux à jouer auprès de leurs militants, en portant un message que ces derniers accueilleront avec d'autant plus de confiance qu'il vient de leurs propres organisations : la réussite de cette réforme est aussi la meilleure garantie de la reconnaissance du travail accompli chaque jour dans les classes.

Une réforme à réussir ensemble

Le concours d'entrée en sixième a disparu. C'était une décision juste, portée par une volonté d'équité qui mérite d'être saluée. Elle appelle aujourd'hui un accompagnement à la hauteur de son ambition : donner à chaque enfant qui accède au collège les bases pour y réussir. C'est un chantier qui concerne les familles, les enseignants, les directeurs d'école, les inspections, les académies, le Ministère et ses partenaires. Chacun y a sa part. Réunie, cette énergie collective peut faire de cette réforme l'une des réussites majeures de l'école sénégalaise.

MBM
Mouhamadou Bamba MBAYE
Inspecteur de l'Éducation. Cette contribution s'inscrit dans l'Espace Inspecteurs du Couloir du Savoir, dédié aux réformes et à l'accompagnement pédagogique du système éducatif sénégalais.